Économie et politique, à qui la suprématie ?

Publié le par Ludovic Van Egroo



Billet sur les politiques d'armement - 17/03/09

 

Économie et politique, à qui la suprématie ?



« L'argent est le nerf de la guerre. »

«  Qui a le fer a du pain » nous déclarait l'anarchiste français du XIX° siècle Blanqui.

 

Quel facteur prime entre l'économie et le politique ? Cette question s'avère d'autant plus vivace lors d'une une période de crise économique. Durant la décennie 1990, la crise était politique avec différents thèmes, tels que le retour du religieux et les peines des Etats-Unis à démocratiser le monde.

A présent qu'observe-t-on ?

Durant la décennie 2000, la part de l'économie américaine dans la production industrielle a reculé progressivement au profit de la Chine. Durant cette période, les dépenses militaires américaines n'ont eu de cesse de s'accroître, phénomène renforcé par leur engagement dans des conflits locaux étrangers, pour atteindre au final 400 milliards de dollars.

À présent nous nous trouvons dans une période de crise économique où les débouchées des industries se réduisent considérablement. Les principaux États disposant d'industries d'armement autonomes étant les Etats-Unis, la Chine, la Russie, plusieurs membres de l'Union Européenne, l'Iran, etc.

La Russie et la Chine ont déclaré qu'ils allaient augmenter leurs dépenses militaires afin de moderniser leur matériel. Ceci est une constante pour la Chine, mais une surprise pour la Russie dont les fonds allaient jusqu'alors principalement à la réhabilitation de l'outil de dissuasion nucléaire. Les forces conventionnelles n'ont de fait, depuis 1991 pas été concernées par des investissements de modernisation. Le président Russe Medvedev a récemment déclaré dernier, vouloir « réarmer massivement » la Russie contre l'OTAN. Après avoir eu du pain, les russes semblent prendre le fer.  

Une autre surprise vient des pays européens et des Etats-Unis, qui disposent tous d'une dette publique et d'un déficit faramineux. La France vient tout juste d'annoncer qu'elle allait doubler ses investissements pour la défense à tout les niveaux : hélicoptères tigre, frégates, avions Rafale, etc.

Le politique reprend la main sur l'outil économique qui ne suffit plus à affirmer la puissance. Investir dans l'armement d'un pays a pour avantage de développer exclusivement l'industrie du pays donné. Les marchés ne sont pas ouverts, et cela constitue un moyen pour développer la recherche et maintenir l'emploi. Pour des pays endettés, cela revient à maintenir la suprématie technique et militaire, qui est essentielle à la suprématie politique. Toutes ces décisions ne se traduisent qu'à moyen terme, le temps de production par unité étant généralement prévu pour un à deux mois environ. Toutes les déclarations et actes en faveur d'investissements dans l'industrie d'armement donne une impression de relance des industries d'armement en faveur de la relance économique.  


Déjà, dans les années 2000, les dépenses en armement n'avaient eu de cesse d'augmenter partout dans le monde - à l'exception des pays européens qui réduisaient leurs dépenses. La flotte militaire de l'Inde est par exemple passée devant la flotte française en termes d'effectifs en 2007-2008.  

A présent, il semble que l'armement apparaisse comme une solution pour relancer la croissance.

Cependant, ces armes ne sauraient disparaître. De la vente d'armement aux pays rentiers de la péninsule arabique (1960 à 2008) à l'armement des guérillas et des gouvernements africains, en passant par le soutien durant la guerre froide d'un pays en guerre contre un autre ou encore la guerre Irak-Iran (1980-1988), cet état de fait continue d'être validé. Cette dernière guerre a d'ailleurs été une aubaine pour les Etats-Unis, l'Europe soutenant Saddam Hussein et l'URSS soutenant l'Iran des Ayatollahs, puisque les huit années de conflit  ont permis d'écouler les stocks issus de la Guerre Froide, et ceci à l'heure du réchauffement entre les blocs.


Actuellement, La Chine et la Russie disposent des devises permettant les investissements mais aussi, avec le Japon, la Corée du Sud et les pays de la péninsule arabique, en quelque sorte le moyen de régulation des dettes des États-Unis. L'Europe est tout aussi concernée. Que se passerait-il si les pays créditeurs demandaient leurs fonds ? Les États-Unis, via les dettes de l'entreprise AIG, ont remboursé les banques européennes en priorité. Si la Chine et la Russie récupéraient leurs crédits, alors ces pays disposeraient des fonds nécessaires au développement de leurs outils militaires, en partie bloquant les dépenses américaines et européennes. Or, les Etats-Unis et l'Europe conservent le « fer » qui leur permettrait de dissuader toute réclamation. 


La balle semble dans l'immédiat dans le camp des créditeurs. Quant aux débiteurs, ils peuvent espérer une reprise au plus vite avant que leur créditeurs n'aient épuisé leurs réserves de devises.


 

 Par Ludovic Van Egroo



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Publié dans Armement

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