CRONSTADT, de Jean-Jacques Marie

 


Éditions Fayard, 2005

 

 

 

Cronstadt ou le récit d’un soulèvement avorté. En mars 1921 plus de 10.000 marins et soldats de la base navale soviétique de Cronstadt se dressent contre le gouvernement communiste. Bien qu’acquis à la cause soviétique, les mutins proclament un nouveau plein pouvoir des soviets et le début d’une lutte à mort contre le communisme de guerre, qui ravage depuis plusieurs années la Russie. L’éphémère « république de Cronstadt » naît donc sous le signe du drapeau rouge et de la lutte révolutionnaire. Tout au long de cet ouvrage, Jean-Jacques Marie, l’un des meilleurs spécialistes français de l’URSS, décortique et expose le processus socio-politique qui conduisit à deux semaines d’une rébellion durement réprimée par la Tcheka. Résultat symptomatique de plusieurs années de guerre civile entre Blancs et Rouges, entre mencheviks et bolchéviques, entre les classes pauvres et l’autoritarisme communiste, la révolte de Cronstadt sonne comme le glas des idéaux socialistes égalitaristes. Cet épisode chargé de ses de l’histoire russe, dont les véritables tenants et aboutissants seront dissimulés par la propagande stalinienne, dévoile l’état d’esprit de ces soldats exilés sur les rivages glacés de la Baltique, oppressés par les conditions de vie indignes imposées par le communisme de guerre. Ceux-ci échoueront à faire se soulever à leurs côtés leurs camarades ouvriers de Petrograd, ce qui aurait pu mettre gravement en danger le gouvernement lénino-trotskiste, toujours agité par les soubresauts de la guerre civile. Spontanée, dénuée d’aucune stratégie politique, la révolte de la base navale paye également son impréparation militaire. Non seulement les grands cuirassés le Sébastopol et le Petropavlovsk resteront à quai faute de brise-glaces disponibles, mais la perte de la base aéronavale d’Orianenbaum condamne dès le premier jour le soulèvement à un échec tactique. Malgré un premier assaut de l’Armée Rouge repoussé et salué comme les prémices d’une nouvelle ère par le comité révolutionnaire de Cronstadt, les bolcheviques, s’emparent en quelques jours l’un après l’autre des fort qui ceinturent l’île. Réduits à s’exiler en Finlande, les quelques milliers de mutins ayant réussi à s’échapper sont parqués dans des camps de concentration tenus par la police finlandaise. Faute de temps l’aide internationale un temps espérée n’est jamais venue – on peut citer par exemple les troupes blanches du général Wrangel cantonnées à Bizerte, en Tunisie, aux convictions politiques fort éloignées de celles des Cronstadtiens mais tout aussi remplies de haine envers les bolchéviques –, et les démocraties occidentales observent avec horreur les communistes affermir leur pouvoir par les armes.

 

 

Par Matthieu Roger

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