Euronaval 2008

Publié le par Nicolas Saint Bris et Charles Morat




Du 27 au 31 octobre 2008 s'est déroulé le 21ème Salon Euronaval, rassemblement professionnel des acteurs clés de l'industrie de la défense et de la sécurité maritime.

Invité par l'association Mer & Universités, le Cercle Éris a pu franchir pour vous les portes du Bourget, afin de vous rapporter ses impressions sur cet événement de premier ordre.


Étaient présents plus de 375 exposants de 35 pays, et 90 délégations issues de plus de 100 pays.

S'y trouvèrent ainsi les grands chantiers nationaux tels DCNS, Thyssen ou Rubens  mais aussi des équipementiers en tous genres (missilerie, communication, détection, simulation, motoristes...).(Liste des participants.)


     Dans les stands, les maquettes de frégates du futur côtoient les missiles sur fond de film promotionnel esthétisant. La haute provenance des participants contraste avec le coté bon enfant des reproductions miniatures de ces équipements très spéciaux.

Dans les allées se croisent des délégations militaires étrangères bardées de galons et de décorations chatoyantes, des hommes d'affaires et officiels affairés, des élèves officiers  réalisant parfois avec surprise d'où proviennent les outils qu'ils manipulent, ainsi que des étudiants et associatifs regardant passer les hôtesses séduisantes ventant les mérites d'un canon ou d'une bombe à la pénétration renforcée.


Les produits présentés sont avant tout très variés. Les plus prestigieux étant bien évidemment les grands bâtiments, de surface ou sous-marins.

Des sous-marins Kilo en passant par les frégates Horizon ou par les vedettes de défense côtière, le salon Euronaval propose de tout, pour tous les budgets.

Les nouvelles technologies n'y sont pas en reste, la fibre optique, les commandes électriques et les senseurs numériques sont autant d'innovations qui se veulent améliorer les performances des systèmes d'armes. Selon un élève officier de l'École Navale, l'avenir des marines modernes passe avant tout par une amélioration des interopérabilités et par une maîtrise de l'information.

Il est d'ailleurs étonnant de voir comment les constructeurs ventent les qualités des équipements les plus perfectionnés que sont les SNLE ou les porte-avions, pour, en réalité, ne proposer à la vente que des vaisseaux de bien moindre puissance. En présentant des armements inaccessibles, les constructeurs séduisent les acheteurs potentiels par les mêmes mécanismes à travers lesquels Renault vend des Twingo au salon de l'auto, en présentant sa nouvelle Vel Satis blindée.

En réalité, nous sommes face aux caractéristiques d'un marché de l'export sur lequel il est impossible de voir officiellement se vendre des vecteurs de souveraineté tels que les technologies de propulsion nucléaire. En témoigne l'insistance auprès du stand Thalès, de la délégation brésilienne souhaitant acheter des transferts de technologie. Sachant que la France collabore avec Brasilia pour la fabrication de sous-marins nucléaires d'attaque, en lui laissant la charge de concevoir le système de propulsion, le géant français ne pu accepter leur offre, compte tenu de la législation française en la matière, interdisant toute fuite de ces technologies sous haute protection.

Nous observons aussi que s'il existe bien évidemment une grande part d'ombre sur ce type de marché, rien ne semble pour autant secret, les concepteurs et les acheteurs se côtoient sans se cacher, les contrats se négociant certes discrètement mais au grand jour. Cela nous rappelle que l'armement a aussi une grande portée psychologique et qu'il est plus que souhaitable pour la plupart des pays, de faire savoir qu'ils ont à leur disposition des équipements de qualité.


Malgré le sérieux des enjeux, l'ambiance est loin d'être grave, certaines présentations sont parfois même pleines d'humour, à l'image de celle de Sagem où nous avons pu assister en direct à l'accrochage d'un camion anonyme et innocent par un système de surveillance fixé sur le toit !

Les tableaux de bord et autres simulateurs, sortes de jeux vidéos pour adultes ou la manette est remplacée par la réplique exacte d'un poste de commandement, nous rappellent que le combat naval se joue désormais par écrans interposés à des distances allant bien au delà du champs de vision.

Nous constatons alors que les produits sont présentés selon différentes approches.

Alors que certains ventent les qualités techniques en oubliant parfois de présenter les finalités tactiques des équipements, d'autres s'attachent plus aux capacités opérationnelles de ceux-ci.

Les finalités et conséquences de l'emploi de tels vecteurs de puissance sont souvent mises à l'écart pour servir la promotion de leurs technologies et de leurs qualités intrinsèques. On évite par là même de désigner quelles pourraient être les cibles de ces équipements, sauf lorsqu'il s'agit de pirates, ceux-ci ayant pour apanage d'être l'ennemi commun et consensuel de toutes les marines du monde.

Toutefois, si la tendance est aux conflits asymétriques et aux systèmes de protection, il n'en demeure pas moins que les équipements de haute intensitée sont également bien présents.


Hormis le grand stand du ministère de la Défense, la politique se fait discrète sur le salon. Les sous-marins russes et la marine vénézuélienne côtoient les frégates américaines ; les Israéliens voient passer les délégations du Golfe, et tout ce petit monde semble s'entendre à merveille : le commerce adoucit les mœurs.

Si la concurrence est bien évidemment économique entre les participants, elle est dans l'absolu réelle et physique. Concrètement, un missile vendu au stand « untel » servira à lutter contre un bâtiment négocié trois stands plus loin, et ce même bâtiment se défendra via des contre-mesures présentées sur un stand voisin.

Il est amusant de savoir qu'un vendeur de simulateur d'entraînement pour frégate, a désactivé pour l'occasion les options de tir et de combat de son système car les modèles utilisés comme ennemis étaient aussi exhibés sur le salon...

Cette grand-messe de la défense et de la sécurité navale voit sur un même espace des ennemis potentiels s'équiper dans l'optique d'en découdre un jour. Les militaires qui useront de ces systèmes d'arme sauront-ils qu'ils ont été négociés à quelques mètres les uns des autres, par des individus qui se sont peut être cordialement salués au détour d'une allée ou autour d'un verre de champagne dans un salon privé?


Le marché des armements est bien un marché à part entière, en grande partie dégagé des contingences politiques et livré à la concurrence. Bien que les grands contrats nationaux concernant des équipements dits « de souveraineté » (porte-avions, SNLE, SNA, programme JSF, propulsion nucléaire) soient issus de la demande, nous constatons que c'est l'offre qui entraîne le marché de l'export, où chacun va chercher à se procurer ce que son industrie nationale ne peut produire.

Nous assistons alors à un déséquilibre entre la réalité du potentiel technologique et militaire d'un pays et sa dotation en équipement de défense. Le système s'autoalimente d'autant plus que ces grands projets nationaux ont besoin des recettes de l'export pour se financer et garantir la rentabilité des industries y afférant.

Cela confirme une fois encore l'adage selon lequel « l'argent est le nerf de la guerre ».


                                                                                  







Publicité

Publié dans Armement

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
C
L'humanité et l'humour font partie de l'intellignce...L'armement est en effet, si l'on peut dire, une arme à double tranchant et l'aspect surréaliste de ce salon est ici tout à fait explicite !
Répondre