1933 - 1945 L'Europe et le IIIe Reich
Le 30 janvier 1933, le maréchal Von Hindenburg nomme le national Socialiste Adolf Hitler chancelier allemand. L'Allemagne devient à cette date l'Allemagne nazie. Le 28 avril 1945, le même Adolf Hitler se suicide dans son bunker à Berlin, réduit d'où les soldats soviétiques ne sont plus qu'à quelques mètres. Que s'est-il passé durant ces douze années ?
La question de l'Allemagne nazie et de l'Europe nécessite l'étude des relations entre les différents pays européens et l'Allemagne d'Adolf Hitler. Comment l'Allemagne hitlérienne a-t-elle pu enfoncer l'Europe entière dans l'horreur de la seconde guerre mondiale ? Comment l'Europe a-t-elle subi le joug nazi durant le conflit ?
Les relations internationales européennes pendant la montée vers la guerre
Lorsqu'Hitler devient chancelier, le 30 janvier 1933, son premier objectif est de prendre une revanche sur le traité de Versailles, vécu comme un véritable diktat en Allemagne. Il considère la voie armée comme la seule efficace pour atteindre cet objectif. C'est pourquoi il décide de reconstruire une armée allemande, tout en rassurant les démocraties occidentales sur ses bonnes intentions. En 1934, une première tentative d'Anschluss (réunion de l'Allemagne et de l'Autriche) échoue : des nazis assassinent le chancelier autrichien Dollfuss, mais Mussolini, en massant immédiatement deux divisions sur le Brenner, fait échouer ce putsch orchestré depuis l'Allemagne. Cette même année, le Ministre français des Affaires Étrangères, Louis Barthou, soumet le projet d'un pacte oriental qui réunirait France, URSS et Allemagne autour d'une reconnaissance des frontières est-européennes redessinées par le traité de Versailles ; c'est un échec, il essuie un refus allemand catégorique. En mars 1935, Hitler officialise le rétablissement du service militaire obligatoire en Allemagne, ainsi le passage volontairement programmé de l'armée allemande à 36 divisions. En réponse à cette violation flagrante du traité de Versailles, la France, représentée par Pierre Laval, et la Grande-Bretagne Mac Donald, signent, en avril, avec l'Italie, le « pacte de Stresa ». Néanmoins, cette ébauche d'isolement de l'Allemagne se révèle être sans suite...
Jusqu'alors, les provocations nazies avaient provoqué quelques tentatives de réactions de la part des autres puissances européennes occidentales. À partir de 1936, elles ne sont suivies d'aucune riposte. C'est ainsi qu'en mars 1936, l'Allemagne remilitarise la Rhénanie sans susciter la moindre réaction française. En novembre de la même année, l'Allemagne signe avec le Japon le pacte anti-Kommintern, un traité à visée anticommuniste, que parapheront à leur tour l'Italie en 1937, puis l'Espagne en 1938. À l'international, l'année 1937 se caractérise en Europe par la politique anglaise d'appeasement vis-à-vis du régime hitlérien, menée par le premier ministre Neville Chamberlain. L'Allemagne nazie a donc les coudées franches pour aller à la guerre ; elle soutient par ailleurs avec l'Italie fasciste les troupes nationalistes de Franco pendant l'épisode sanglant et fratricide de la guerre civile espagnole, qui débute en 1936.
Bien décidé à mener sa politique jusqu'au bout, Hitler passe à l'action en mars 1938. C'est l'Anschluss : l'Autriche, envahie, est rattachée au Reich allemand. Ensuite Hitler réclame le territoire des Sudètes, correspondant au pourtour occidental de la Tchécoslovaquie et peuplé à majorité de germanophones (3 millions). Mis devant le fait accompli, les différents pays européens commencent à mobiliser ; c'est pourquoi se tient en urgence la conférence de Munich en septembre 1938, où sont présents E. Daladier pour la France, N. Chamberlain pour le Royaume-Uni, B. Mussolini pour l'Italie et A. Hitler pour l'Allemagne. De fait, cette conférence valide « l'acte de piraterie internationale » que constitue l'annexion des Sudètes, et marque de manière définitive le discrédit des démocraties face à Hitler. Précipitant cette logique de montée à la guerre, l'Allemagne nazie envahit le territoire tchèque le 15 mars 1939, qui devient le protectorat allemand de Bohême et Moravie. Là encore, la Société des Nations ne fait que condamner verbalement. De plus, en mai 1939, l'Allemagne et l'Italie paraphent le « pacte d'acier », un traité d'alliance militaire à caractère offensif. Afin de ne pas être pris en tenaille comme lors de la Première guerre mondiale, Hitler entame avec l'URSS des négociations secrètes, parallèlement à celles menées par les puissances occidentales. À la surprise générale, Von Ribbentrop et Litvinov parviennent à un accord et, le 23 août 1939, le pacte de non-agression germano-soviétique est officialisé. La guerre est imminente.
On le voit donc, la faiblesse des démocraties européennes a éclaté au grand jour face aux provocations d'Hitler. De 1933 à 1939, l'Allemagne nazie n'a trouvé personne devant elle pour l'empêcher de se préparer à la guerre. En envahissant la Pologne le 1er septembre 1939, Hitler lance irrémédiablement le conflit qui, il l'espère, lui permettra de mettre en place son IIIe Reich.
L'Europe dans l'Allemagne nazie
Durant la Seconde guerre mondiale (1939-1945), toute l'Europe subit à un moment où à un autre l'oppression nazie, voire est occupée par la Wehrmacht. Se pose donc la question des conditions d'existence de l'Europe sous la botte nazie, et celle des réactions à cet « ordre nouveau » : collaboration et collaborationnisme d'un côté, résistance de l'autre.
L'idéologie nazie est mise noir sur blanc dès 1924 dans Mein Kampf, ouvrage qu'Hitler dicte à son secrétaire Rudolf Hess en prison. Hitler y expose sa vision d'un IIIe Reich nouveau, dont la mise en place n'est possible que par l'instauration d'un « ordre nouveau ». Cet « ordre nouveau » postule essentiellement l'aryanisation des territoires conquis. En effet, le nazisme considère que la « race » germanique dite aryenne est pure, contrairement aux races inférieures (la « race » latine par exemple), voire impures (les slaves ou les juifs), ces derniers devant être totalement éradiqués. Au moyen de la Drang nach Osten (« marche vers l'est ») et de la conquête d'un Lebensraum (espace vital), Hitler procède durant la seconde guerre mondiale à la mise en pratique de ses idées. Ainsi le décret Nacht und Nebel de décembre 1941 décide-t-il l'élimination pure et simple de tous les opposants au régime. Lors de l'apogée des conquêtes nazies en Europe, en 1942, on dénombre 34 grands camps de concentration, où opposants de toute sorte et déportés raciaux (juifs, salves, tziganes...) sont internés dans des conditions effroyables. Un cran plus haut dans l'horreur, on trouve la « solution finale ». En janvier 1942, la conférence de Wannsee décide l'extermination systématique des races impures, juives et tziganes. Les camps d'extermination déjà existant en Europe de l'Est dès 1941 voient donc leur activité s'accélérer brutalement, et les nazis gazent plusieurs millions de personnes. Les noms de Belzec, Sobibor, Chelmno, Maidanek ou Auschwitz-Birkenau sont malheureusement passés à la postérité. Dans le camp d'extermination d'Auschwitz, plus de 10.000 personnes pouvaient être gazées en une seule journée ! On estime à environ 5,7 millions le nombre de juifs tués pendant le conflit par les nazis, que ce soit dans des camps d'extermination par le 'Ziklon B' ou dans en Europe de l'est par les « commandos de la mort », les Einsatzgruppen, qui ratissaient le terrain derrière la Wehrmacht. À noter également que la germanisation a engendré d'importants transferts de populations dans l'Europe occupée. On estime à 600.000 le nombre d'Allemands qui ont été obligés de revenir en Allemagne pendant et suite à la guerre.
Dans un autre registre, l'Europe dans l'Allemagne nazie c'est aussi le pillage économique. Les Allemands pillaient à leur profit tout pays occupé militairement. En plus de la terreur instaurée par la traque des résistants et des opposants aux forces nazies, les populations locales doivent subir le rationnement occasionné par ce pillage. On estime que l'Allemagne nazie a pillé entre 12 et 17 % de la production agricole française durant l'occupation, ainsi que 43 % de la production industrielle. Le pillage économique des pays occupés soulève la question de la collaboration économique de certaines entreprises, telles que Renault ou Berliet en France. Le pillage économique allemand passe également par l'exploitation de la main-d'œuvre étrangère. En 1944, 6 millions d'étrangers travaillent pour le Reich en Allemagne, 8 millions dans le reste de l'Europe.
S'interroger sur les rapports de l'Allemagne nazie et de l'Europe durant le second conflit mondial, c'est aussi mettre en avant la collaboration et le collaborationnisme européen, et à l'opposé de cette démarche la lutte pour la liberté de la résistance européenne. Si de nombreux gouvernements se réfugient en 1939 à Londres (gouvernements belge, polonais, hollandais), l'Europe occupée voit parfois la mise en place de politiques de collaboration, comme au Danemark ou en France avec le gouvernement de Vichy. À défaut de collaboration étatique, la collaboration peut être pratiquée par seulement certains partis politiques, tels le Rexisme de Degrelle en Belgique ou le Quisling en Norvège, entre autres. Par exemple, la collaboration française de Vichy amène la maréchal Pétain à promulguer successivement les 3 octobre 1940 et 2 juin 1941, deux statuts des juifs qui restreignent considérablement leurs droits civiques. Il ne faut en fait pas confondre collaboration et collaborationnisme, cette dernière acception supposant une adhésion idéologique à la pensée nazie. Le collaborationnisme peut être le fait d'hommes politiques (Pierre Laval, Maurice Déat), d'écrivains (Brasillach, Drieu-la-Rochelle), ou de journalistes (Philippe Henriot, Jean Luchaire).
Mais tout au long de la guerre, une autre Europe, résistante, lutte contre l'oppression nazie. Entre 1939 et 1945, Londres est la plaque tournante de la résistance européenne, avec notamment l'action de la British Broadcasting Corporation (B.B.C.) et de l'Intelligence Service (contre-espionnage anglais). Dans tous les pays d'Europe une résistance s'organise, qui peut prendre différentes formes. La résistance peut être de nature nationaliste, comme en Russie, en Pologne ou en Yougoslavie. Dans les pays d'Europe de l'est on trouve souvent une nette séparation entre résistance communiste et non communiste : c'est le cas en Yougoslavie, en Pologne et en Grèce. Cela donnera parfois lieu à des guerres civiles après la fin du conflit. Mais la résistance peut également s'avérer être de nature patriotique et démocratique, comme en France. Le cas français est unique en son genre puisque Jean Moulin, envoyé par le général de Gaulle, réussit en mai 1943 à unifier les différents réseaux de résistance au sein d'un Conseil National de la Résistance, le C.N.R. En outre, la « France combattante », c'est-à-dire la France résistante, se divise entre Forces Françaises de l'Intérieur (F.F.I.) qui œuvrent en métropole (renseignement, sabotages, e tc.), et Forces Françaises Libres (F.F.L.) qui combattent sur des théâtres d'opérations extérieurs, à l'image des troupes du général Koenig, qui tiennent l'Afrika Korps de Rommel en échec à Bir-Hakeim en juillet 1942. On le voit donc, les formes et les modes d'actions de la résistance européenne sont multiples.
En définitive, ce sont en partie les faiblesses des démocraties européennes pendant l'avant-guerre qui ont permis l'établissement entre 1940 et 1944 de la domination nazie sur presque toute l'Europe. La domination du IIIe Reich s'est exprimée à travers la mise en place d'une terreur absolue, qui va jusqu'au déni de la dignité humaine, à travers la « solution finale ». Au sortir de la guerre, la conférence de Potsdam (juillet-août 1944), souligne la nécessité d'une dénazification intégrale. Confrontée au nazisme depuis 1933, l'Europe y met un point final lors du procès de Nuremberg (1945-1946), au cours duquel apparaît la notion de « crime contre l'humanité ».
Par Matthieu ROGER